Urgences

Et voilà, à peine en préretraite, et une urgence m’appelle dans la famille.

C’est le service des urgences d’une petite ville du centre de la France, un jour de semaine ordinaire. Le patient que j’appellerai IL, est arrivé par ses propres moyens.
H : 10 heures du matin. Il attend dans la salle d’attente.
H + 8 : Il est pris en charge par un interne. Examen, prise de sang. On le met sur un brancard et on lui pose une perf. Il est dans le couloir avec tous les autres. Il va passer la nuit sur un lit médical fatigué avec le pied à perf qui menace de tomber. Dans la nuit, ça n’arrête pas, les hurlements, les délires, le bonhomme dans le même box que lui, tousse tout le temps.
Toujours et encore des entrées, ça ne désemplit pas. (la photo qui suit date de la canicule de 2003, mais je vous assure que ça ressemblait à ça)


H+22 : De retour dans le couloir. Les infirmières passent pour réapprovisionner sa perf. On lui sert un petit déjeuner frugal.
H+25 : J’arrive à l’hôpital avec 250 km dans les pattes. Après négociation pour entrer aux urgences par la grande porte, je le trouve sur son lit dans le couloir, autour de lui, d’autres lits, des mamies, des papys, IL est content de me voir et je le comprends.
Il fait si chaud. Je reste debout tout le temps à côté de lui. Ça galope dans ce service, ça galope, quand on regarde ça sans savoir, et on a le temps, on a l’impression qu’ils (médecins, infirmières…) se déplacent rapidement, mais ça n’a pas l’air très efficace.
Les infirmières jettent tout de même un œil ou suivent le dossier, car sa perf est réalimentée. On lui a mis un pistolet. Ouhais ! Déjà qu’avec la chemise de l’hôpital ouverte derrière, IL n’est pas aidé, mais pisser devant la foule, bonjour ! Le drap ne cache pas tout !
J’avais lu un truc à propos de cette fameuse chemise ouverte derrière, je ne crois qu’il n’y a qu’en France qu’on humilie les patients de la sorte. Je pars donc à la recherche de sa voiture sur le grand parking. Lorsqu’il est arrivé, le parking était plein et le chemin lui a paru très long. Je cherche et après deux allers-retour, je finis par zapper pour voir si elle me répond. Vive l’électronique ! Je la trouve enfin, et je peux lui rapporter de sa valise de quoi se couvrir les fesses.
On pose des questions, mais personne ne sait si un médecin va venir. Elles répondent à nos sourires malgré le travail harassant.
H+26 : On commence à sympathiser avec les accompagnants.
H+27 : On lui sert une « collation ».
H+28 : Il est 14 h, je vais manger un truc à la cafétéria dans le hall de l’hôpital. J’en profite pour repérer l’entrée des urgences par l’intérieur de l’hôpital, ouf, plus besoin de négocier pour passer par l’entrée principale, quoique… voir tous les pompiers et les ambulanciers en tenue…
A mon retour, c’est le changement d’équipe. La nouvelle infirmière en charge du dossier se présente, charmante, comme toutes les autres.
Ça galope toujours dans tous les sens, s’y ajoute un jeu de taquin, et hop on enlève un brancard, et hop, on en glisse un autre. 35 personnes sont accueillies en même temps !! IL n’a toujours pas vu de médecin depuis hier soir.
H+30 : Alors que nous commencions à discuter de mon départ et de ce que j’avais à faire dans son appartement, miracle, un brancardier arrive. Il dit qu’il va l’emmener au premier étage. Il navigue entre les autres brancards, négocie un virage, il dégage de la place pour quelqu’un d’autre.
Au milieu du couloir, il s’arrête pour flasher le bracelet d’identification, peste contre le nouveau logiciel « ce n’est pas le bon patient », il recommence « ah si » Ouf !
Un lit s’est libéré en pneumologie (qui n’est pas du tout la pathologie pour laquelle IL est arrivé aux urgences), mais le brancardier nous explique que c’est un service UPU (je comprends, dégagement des urgences). La place est chaude, le patient précédent vient de partir.
L’ambiance du service a l’air bonne, gentillesse, disponibilité. Ces gens sont des saints !
J’ai une question tout de même, les médecins prennent-ils des cours pour être désagréables ? Le regard condescendant du médecin chef des urgences qu’on a jamais vu, qui le regarde au moment où IL part des urgences en disant « va falloir soigner ça hein ? » et il s’en va. On s’est regardé, on a ri. Du grand n’importe quoi, s’il n’a rien d’intéressant à dire, qu’il ne dise rien, un sourire, un signe de reconnaissance serait peut-être mieux.
Et le médecin du nouveau service qui a fait une réflexion tout à fait idiote, incompétente, voir dangereuse psychologiquement (je ne peux pas trop détailler ici). IL est resté poli, mais il n’en pensait pas moins. Par contre, ce même médecin l’a vu 15 secondes pour la pathologie qui l’amenait là.
J+4  : IL est toujours là-bas, cocooné, IL se remet petit à petit, son humour est revenu. Le médecin de garde est beaucoup plus sympa.
Et moi je suis rentrée chez moi, et j’ai complètement oublié mon boulot 😉

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« Voilààààà, c’est fini… »

« …On va pas s’dire au revoir comme sur le quai d’une gare »

« Ca doit te faire drôle »
« J’ai l’impression que c’est moi qui part »
« Ca me fait bizarre »
Combien de fois ai-je entendu ça hier !
Non, non, je ne quitte pas mon cher et tendre.
J’ai fini mon travail hier.
Quand je suis arrivée un collègue m’a applaudi, il a essayé de faire applaudir les autres, mais c’était curieux quand même.
J’ai eu droit à une mini haie d’honneur sur le perron de la porte.
La nuit précédent, je n’arrivais pas à dormir et j’ai noté tout ce que je devais faire ce dernier jour, j’en avais rempli une page A5.
J’ai proposé à deux collègues de manger avec moi dans une gargote voisine, « j’avais pensé la même chose » m’a dit le collègue avec qui je travaillais le plus ces derniers temps.
Et cette nuit, 3 heures d’insomnie, une impression d’inachevé, une terreur, je les laisse vraiment dans la merde. J’ai choisi ce départ, ils avaient le temps de s’y habituer depuis avril, mais je n’ai pas eu de doublure.
A l’arrache, une collègue m’a posé quelques questions, mais sur 20 % de mon travail.
Il faut dire que j’ai vraiment travaillé jusqu’au bout. J’ai attendu le dernier moment de la journée pour réinitialiser mon téléphone professionnel et le rendre avec les clefs.
J’avais rangé des dossiers, mis à jour des doc, vidé mon vestiaire et mon bureau petit à petit depuis 15 jours.
Hier, j’ai mis tout dans des cartons, un peu en vrac et ce matin, j’ai trié tranquillement le reste.
Il me reste, une fourchette et une cuillère, la clé du coffre-fort 😉 et ne venez pas la voler chez moi, ce coffre ne contient que notre caisse à café que nous ne voulions pas laisser dans un tiroir non sécurisé, ça peut toujours tenter quelqu’un qui arriverait de l’extérieur.
J’ai donné aussi mon tableau de mot de passe à mon collègue. En début de journée, il m’avait dit « on se voit cet après-midi », et voilà, pas de temps, réunion sur réunion, je l’ai vu entre deux portes.

Ce boulot est un boulot de fous.

Et je suis vraiment contente de partir.

Avoir des petits enfants…ou pas

Suite à l’article de Bleck sur les petits enfants « imposés », voici ce que j’aurais pu mettre en commentaire, un peu long n’est-ce pas ?

« Nous, nos petits enfants sont à l’autre bout de la terre, mais pas du même côté. Ce que je dis n’est pas logique, jusqu’à preuve du contraire, la terre étant ronde, il n’y a qu’un autre bout de la terre. Mais en terme de décalage horaire, vu de Paris, c’est du +6 h et -12 h.

Au début, nous avions mis des pendules sur l’écran d’ordinateur pour se figurer quelque chose qui n’est pas naturel à assimiler. Tahiti, Shanghai. J’ai déjà du mal à absorber le décalage horaire au moment du changement d’heure, alors imaginer quelle heure et quel jour il est à Tahiti vu de Shanghai, là c’est au-dessus de mes forces.

Donc, nos petits enfants étant aux autres bouts de la terre, il est compliqué de les voir autre que par Skype, et franchement, ils nous manquent. Leurs progrès, leurs gazouillis, les rires, les apprentissages.

J’étais prête à être grand-mère, mon fils avait largement l’âge (31 ans) et leur couple tout à fait stable et serein. J’avais commencé à tricoter, crocheter, coudre…

Mais je dois le dire, la première fois que j’ai vu ma petite fille en vrai, j’étais comme une poule qui a trouvé un couteau, je me suis sentie maladroite, inexpérimentée, craignant de lui faire mal. Elle était si petite ! Puis, nous nous sommes apprivoisées, nous ne l’avons eue en responsabilité  qu’une nuit et quelques heures par ci par là.

Le jour où elle a dû repartir à l’autre bout de la terre, la séparation a été déchirante de mon côté. Elle, était trop jeune pour s’en rendre compte probablement. Et je n’ai qu’une hâte, la revoir en vrai, soit en France, soit à Tahiti.

Pour M. Blanc, sa petite fille est « toute fraiche », née pendant la préparation du congrès du Parti communiste Chinois. Ce qui signifiait toutes les communications coupées avec la Chine. Nous avons quand même pu avoir miraculeusement une photo, arrachée de haute lutte à la prison de haute sécurité qu’était la Chine pendant cet événement. Sympa comme pays !

Et je recommence à tricoter 😉  « 

« C’est mon projeeeeet »*

* Pendant la dernière campagne présidentielle.

Ca fait quelques temps que je prépare ce projet, et il arrive à grands pas. Après un travail à mi-temps depuis 6 mois, j’arrête de travailler le 15 novembre prochain. Non, je ne suis pas à la retraite, c’est dans 4 ans seulement, mais je bénéficie d’un plan qui vise à se « débarrasser » des vieux fonctionnaires qui coûtent trop cher. La « préretraite » en quelques sortes. C’était arrivé à mon père dans les années 80, il l’avait assez mal pris, mais moi, c’est un choix, je le prends vraiment comme une opportunité, d’autant que je le répète souvent, si j’avais été seule, financièrement, je n’aurais pas pu le faire.

En décembre, nous déménageons en Charente Maritime près de Saintes dans une maison dont je suis propriétaire moyennant une modeste soulte à mon frère.

En ce moment, c’est donc, tri, beaucoup de dons, et cartons, cartons, cartons. On ne peut pas tout emballer parce qu’il faut vivre quand même, mais, ça avance bien. J’ai beaucoup de mal à trier, je me souviens de mes derniers déménagements où j’ai tout emballé sans vraiment trier. Le tri doit se faire à un moment où un autre. En triant, ce sont des souvenirs qui remontent (péripéties d’achats, de ventes, du divorce…) mais c’est aussi une libération, on casse les chaines.

Le gros du travail c’est le garage de M. Blanc, la caravelle et la voiture en restauration. Vous pouvez imaginer qu’une voiture en pièces détachées (avec chaque pièce en double ou triple) ça prend une place folle ! Et ça pèse quelques ânes morts 😉

Le camion est pré-réservé, et nous avons dans l’idée de « louer » deux personnes à une association d’insertion au moment du chargement du camion. C’est l’inconvénient quand on vieillit et que les enfants sont loin, pas trop de jeunes bras dispos, que des vieux dos fatigués.

Nous essaierons de mettre en vente des choses, mais plutôt lorsque nous aurons emménagé parce que nous arrivons dans une maison avec déjà tout le confort (c’était la maison de campagne de mes parents), et nous avons plein de choses en double voire triple.

Déménagement de mon père, notre déménagement, réaménagement de la maison et d’un très grand jardin, redevenu plus ou moins sauvage depuis le décès de ma mère en 2010, mais avec de la très bonne terre. C’est beaucoup de boulot tout ça, mais un super projet.

 

4 générations

Voici une photo qui me parle, je suis fière d’en avoir eu l’idée (même si elle n’est pas nouvelle). Ma petite fille et son arrière grand-papy :

Ma petite fille (4 mois) est là en France avec ses parents. Des moments intenses autant que courts. Un vrai bonheur et des souvenirs à engranger pour plus tard.