Le politiquement correct

Mon travail, c’est la logistique. Vous me direz que c’est vague, mais maintenant que j’ai donné mon vrai prénom, je ne vais pas vous raconter en détail ma vraie vie non plus.

Qui dit logistique, dit hangar, dit matériel, neuf, vieux, recyclé…

Je ne sais pas si c’est dû à la crise ou quoi, mais de plus en plus, j’ai des visites de ferrailleurs. Pour récupérer, pour acheter, toutes sortes de gens s’arrêtent dans la cour, ouverte à tous vents pendant la journée, pour demander si on a des choses à donner. Le pire, ça a été cet été quand nos voisins, vidaient tout, et entassaient sur le terrain.

Il y a ferrailleur et ferrailleur, il y a celui qui a mon âge (au fait, j’ai eu 10 ans, il y a peu, et oui, 5+5), qui circule dans une vieille camionnette toujours en surcharge. Il vient tellement souvent qu’il m’appelle par mon prénom et moi par le sien maintenant. Les négociations se font au jugé, à la confiance. Faut dire que l’argent que je ramasse, c’est pour la caisse noire (café, sucre, cacahuètes, non non pas d’alcool, c’est interdit au boulot 😉

Ma paie ne dépend pas de ça, heureusement.

Et il y a « le petit bonhomme à la voiturette », jusqu’à ce matin, je ne savais presque rien de lui, sauf qu’il a l’air très jeune, circule en voiturette/camionnette, qu’il a une fille de 6/7 ans (elle l’accompagnait une fois), qu’il est très poli, sonne toujours pour demander s’il peut fouiller dans la benne, me serre la main (un peu beurk la main, mais bon), me demande comment je vais. Pas le gendre idéal à l’extérieur, mais à l’intérieur, un brave gars.

Avec lui, pas de transaction, on le laisse fouiller, et parfois, on lui trie un peu de ferraille. Il ne nous donne rien en échange.

Ce matin, il sonne, je lui ouvre, lui serre la main (un peu beurk) et je lui dis qu’on a des choses pour lui. Il commence donc à transvaser ça dans sa voiturette. Pendant ce temps-là on papote. Très brun, mince, 24 ans et trois gosses (la petite que j’ai vue et des jumelles plus jeunes). Une femme qui ne travaille pas. Ses revenus : le rsa plus sa ferraille. Des beaux-frères qui lui demandent la moitié de ses rentrées quand ils lui prêtent leur camionnette. « J’ai des papiers pour travailler ». Il me dit ça comme ça, et tout à coup, j’ai pensé « gens du voyage ».

J’ai tourné ça dans ma tête, et j’ai pas su comment lui poser la question. « Gens du voyage » ça fait un peu étudiant en géo, « tzigane » ça fait folklorique, « gitan » péjoratif non ? Quoiqu’il y a pire, chez nous on dit « rabouin de palisse ».

Bref, à part « elle est où ta caravanne », j’ai pas su comment lui demander, et après tout est-ce aussi important que ça ?

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6 réflexions sur “Le politiquement correct

    • Je ne connais pas toutes les appellations, mais parfois on englobe sous une dénomination tout un tas de populations qui n’ont rien à voir, sauf dans l’imaginaire collectif.

    • Je ne suis pas très à l’aise pour marchander moi non plus, même quand c’est dans les habitudes d’un pays. J’avoue ne pas suivre le cours de la ferraille et du cuivre, et faire confiance.

    • Je connais quelques détails aussi de la vie de celui qui est de mon âge. Je sais qu’il vit à la campagne avec des chevaux, donc… maison.
      Mignonne la blague, on ne me l’avait jamais faite, peut-être parce que je ne suis pas une fée du logis 😉

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